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Voyage en terre de Tristesse




« Peut-on pleurer sans larmes ? » Cette question que m’a posé ma Mamie quelques jours avant qu’elle ne nous quitte me trotte souvent dans la tête. Pas que je manque d’avoir une réponse ferme sur la question, mais plutôt que cela m’étonne que l’on puisse se poser cette question. La tristesse, comme toutes les émotions, est très personnelle dans son ressenti et ses manifestations. Pour autant, enfant nous n’avons pas de cours d’émotions à l'école (malheureusement), alors nous ne savons pas toujours ce qu’il se passe en nous, quoi en faire, comment traverser les différentes émotions qui noous habitent. 


J’écris aujourd’hui sur la tristesse, car c’est l’émotion - avec la joie ! - qui est la plus présente en moi depuis quelques mois. Vivre la tristesse n’est pas chose confortable, et ça peut être un processus long.


Démêlage... : 


1. CE QUE NOUS RACONTE LA TRISTESSE


Les émotions sont partout. Il n’y a pas de moment sans émotion. En lisant cet article actuellement vous vivez des émotions. Et bien souvent dans une situation, il n’y a pas une seule émotion sur la scène, mais plusieurs.


Emotion vient du latin « e-movere » qui veut dire « mettre en mouvement ». L’émotion c’est un signal qui nous dit : mets-toi en mouvement. Mets en mouvement pour revenir dans la joie, qui est la seule émotion que notre cerveau essaye de reproduire en permanence. 


« Les émotions te donnent des nouvelles de toi-même » - Daniel Chernet -

Chaque émotion a deux faces. Une face qui nous garde dans le mouvement, et une face qui nous amène dans l’immobilité. La tristesse c’est le côté pile, le côté dans lequel nous sommes encore dans le mouvement. L’abattement c’est le côté face, l’immobilité, l’écrasement, la lassitude, l’abandon. 


La tristesse c’est quand on vit une perte, un manque, un deuil, une rupture que l’on perçoit comme définitif. La tristesse nous invite à accepter la finitude, et le monde tel qu’il est désormais. 


La tristesse est un mouvement vers le bas, un mouvement qui invite à lâcher. Accepter la tristesse, c’est permettre par la suite de créer de l’espace pour un nouvel attachement. 


2. CE QUE CACHE LA TRISTESSE


Toute émotion est l’expression d’un besoin. Lorsque l’on vit une émotion agréable, c’est qu’un de nos besoins fondamentaux est nourri. Lorsque l’on vit une émotion désagréable, c’est que l’un de nos besoins fondamentaux n’est pas nourri. 


Lorsque j’ai compris cela, grâce à la Communication Non Violente, cela m’a énormément aidé dans ma gestion des émotions. L’émotion c’est un signal d’alarme, comme un voyant sur un tableau de bord, qui nous invite à prendre soin de ses besoins. 


Le besoin derrière la tristesse, c’est de valoriser la perte et le manque, accepter le monde tel qu’il est désormais, être réconforté par un proche, partager l’intensité du deuil, être en lien et en proximité. 


3. CE QUE NOUS POUVONS FAIRE DE LA TRISTESSE


a. Quand nous vivons la tristesse


Vivre la tristesse nécessite d’accepter le manque, d’honorer le manque. Si cette finitude me rend triste c’est que cela avait de la valeur pour moi. Cette valeur mérite donc d’être honorée, et non pas d’être refoulée. Il faut faire attention à la positivité toxique, qui pourrait s’exprimer par une injonction à être joyeux tout le temps, à porter le masque, à enfouir sa tristesse, à être dans une fuite de l’émotion désagréable. Cela pourrait faire rejaillir l'émotion de manière encore plus forte après coup.


Les pleurs peuvent être une manifestation utile pour libérer et traverser sa tristesse (bien que ce ne soit pas la seule). Ainsi, attention à ne pas consoler une personne qui pleure en lui disant trop vite « ne pleure pas », « sèche tes larmes ». Il faut aller au bout des pleurs, pour laisser partir, pour honorer ce qui est perdu, pour accepter le nouvel état, pour lâcher. Dans un passage de « The Midnight Gospel » (série d’animation sur Netflix), le personnage dit à sa mère mourante « mais comment on surmonte une peine si grande ? », la mère répond « En pleurant... en pleurant. »


Pour soi-même, ce qui peut aider à traverser la tristesse, comme toute autre émotion, c’est de chercher des moyens d’extériorisation. Quand je n’ex-prime pas une émotion je l’im-prime, en moi. Et cela mettra encore plus de temps à la faire partir, pour revenir à la joie. Si je n’arrive pas à en parler à mes proches, je peux chercher d’autres moyens d’expression. Comme moyen d’expression efficace, il y a l’écriture automatique : écrire sans s’arrêter pendant 5 minutes, et sans réfléchir, en commençant ma feuille par « Ce qui me rend triste actuellement c’est… ». Le dessin est également un bon moyen d’extériorisation. Je dessine ce qui me rend triste, sans objectif d’esthétique ou de résultat. 


b. Quand nous accompagnons un proche dans la tristesse


L’accompagnement d’un proche dans la tristesse demande de se connecter à son empathie profonde, et non de tenter de le consoler en essayant de diminuer sa peine (bien que cela ait une intention positive). Il vaut mieux dire à quelqu’un « je suis là pour toi, pour t’écouter, pour te serrer dans mes bras », plutôt que « ça va aller, tu verras tout passe avec le temps, tu trouveras quelqu’un d’autre, etc ». Honorer, c’est prendre la mesure de ce qui a été et ne sera plus. 


"Ce qui est sûr, c'est qu'il est rare qu'une réponse puisse améliorer les choses. Ce qui peut améliorer les choses, c'est se connecter à l'autre." - Brené Brown -

Dans un deuxième temps, si la personne est prête à ça, vous pouvez l’accompagner à se réorienter vers le futur et dans l’action. Seulement si elle est prête. Et le plus important c’est d’être en lien. La tristesse cache un besoin de lien, de connexion à l’autre. 


c. Quand la tristesse se présente en entreprise


Les émotions ne s'arrêtent pas à la porte de l'entreprise. Les émotions sont relationnelles et font partie intégrante de la vie d'un collaborateur/manager.


En tant que manager, créer un espace émotionnel sécurisé est essentiel pour que toutes les émotions puissent s'exprimer et être une matière de croissance, de confiance et de collaboration pour l'équipe. Normalisez l'expression de toutes les émotions, partagez les votres avec authenticité et vulnérabilité, écoutez profondément et connectez vous à votre empathie.


Pour accompagner concrètement la tristesse d'un collaborateur, abaissez votre niveau d'énergie (voix, posture, débit), et honorez l'importance de la perte, du deuil, du changement que l'autre est en train de vivre. Donnez du temps, et surtout soignez la relation.




Pour reprendre l’image de Daniel Chernet, la tristesse est comme les baïnes dans l’océan (trou d’eau à fort courant) : si tu t’affoles et que tu essayes de revenir trop vite sur le rivage, tu te noies. Il faut lâcher prise, accepter de ne rien faire, de te laisser emporter au loin, pour que le courant te ramène de lui-même au rivage. Tu ne reviendras pas au même endroit d’où tu es parti, mais tu reviendras... si tu décides de ne pas lutter contre, mais de traverser avec. 


Oui Mamie, il est possible de pleurer sans larmes. Car ressentir de la tristesse ne s’exprime pas forcément par des larmes. Je sais comme tu étais triste de nous quitter, même si tu n’as pas versé une larme. C’est peut-être la différence que fait Daniel Chernet entre intensité et densité. 

La traversée de ton manque est longue, et elle dit tout l’amour qui était et qui est. C’est ça que j’honore aujourd’hui. 


Pour toutes les tristesses en cours, je vous souhaite de pleurer. Avec ou sans larmes. 




- Camille Lamouille -


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Pour aller plus loin :

  • Daniel Chernet, Coacher les émotions, ed. Eyrolles, 2016

  • Art-Mella, BD, Émotions : enquête et mode d'emploi, Tomes 1, 2 et 3, 2019



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