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  • Camille Lamouille

L’art de la résilience : guérir et se reconstruire après un traumatisme

« Avant d’être cassé vous ne savez pas de quoi vous êtes fait »
- Ziad K. Abdelnour -

J’avais prévu de publier pour le mois de novembre un article sur le bonheur danois. Comme j’aime lier mes articles à ce que je vis, changement de plan ! Car jeudi 24 octobre, ce n’est pas le bonheur à la danoise que j’ai vécu, mais un gros accident de voiture. Cet accident marque une rupture pour moi. Il y aura un avant et un après, j’en suis convaincue. J’ai une chance incroyable de pouvoir vous raconter cette histoire, non pas d’accident, mais de résilience.


Me voilà jeudi matin prenant ma voiture à l’aube pour aller animer une formation « Cultiver son pouvoir d’action grâce à la Psychologie Positive » sur Lyon. Je roule tranquillement sur l’autoroute quand des éclairages de feux de virage m’interpellent et me font détourner le regard trois secondes. Quand je reviens en conscience de ma route, je m’aperçois que je suis au milieu des deux lignes. Rien d’inquiétant pour l’instant car je ne suis ni précédée ni suivie. Je donne alors un coup de volant pour me rabattre. Je glisse d’un côté, donne un coup de volant de l’autre côté, et suis projetée à quatre reprises contre le parpaing en béton séparant les deux voies d’autoroute. A 120 km/h, le choc est sévère. Je me retrouve finalement en travers de mes deux voies dans le virage, ma voiture est noire, il fait nuit, je vois les phares des voitures arrivant à toute vitesse vers moi. Tétanisée, je n’arrive plus à bouger ni à réfléchir. Les voitures parviennent à m’éviter et c’est un homme, à qui je dois tout, qui s’arrête et me sors de ma voiture. Grâce à lui je suis là pour vous raconter tout cela. Les pompiers m’emmènent, une journée aux urgences et un tassement des cervicales après, je rentre chez moi (pas en voiture bien sûr !). Physiquement tout va bien, c’est un vrai miracle. Moralement, c’est là que ça se complique. J’expérimente le stress post-traumatique. Les images tournent en boucle dans ma tête, je revis la scène encore et encore. Mes sentiments alternent entre joie immense d’être en vie et sentiment de vide intense. Comme si une partie de moi s’en était allée en même temps que mon pare-chocs sur la route. D’ailleurs mon pare-chocs a bien joué son rôle, mais que reste-t-il quand celui-ci n’existe plus ? On se retrouve avec le cœur du moteur, du réacteur, à vif. C’est là que la résilience intervient.



Le Kintsugi est une technique ancestrale japonaise qui consiste à réparer un objet brisé en soulignant ses fissures avec de l’or, au lieu de les masquer.[1] Plus métaphoriquement, c’est l’art de sublimer les blessures. Accepter que ces blessures fassent partie de nous et leur donner une place à part entière. Ainsi le Kintsugi se rapproche très fortement du concept de résilience, cher à la Psychologie Positive. La résilience est définie par la Psychologie Positive comme la capacité à contrôler sa réaction face aux situations de la vie, à surmonter des difficultés et à rebondir après une épreuve.


La Psychologie Positive explique qu’il est important de se questionner sur l’apprentissage à tirer de nos expériences douloureuses. Ne pas les mettre sous le tapis, comme si rien ne s’était passé. La souffrance est comme un témoin de ce que l’on a vécu, il faut l’accueillir comme tout autre sentiment.


La résilience c’est changer notre regard sur l’évènement. La résilience est intrinsèque (force interne de l’individu) mais aussi environnementale (soutient de l’entourage et reconnaissance du trauma). Selon la Psychologie Positive, il est possible de s’exercer à développer des ressources pour la résilience. L’idée est de trouver des bénéfices positifs à une expérience traumatisante. Il s’agit de changer sa perception et sa réponse émotionnelle sur la situation pour en tirer un apprentissage positif. C’est ce qui est définit par le modèle SPARC, inventé par le Dr Ilona Boniwell.[2] Les lettres de l’acronyme SPARC correspondent à cinq étapes : Situation, Perception, Affect, Réaction, Connaissance/apprentissage. Ce modèle permet de remettre en cause notre perception d’une situation et de modifier notre réaction face à cette situation pour que l’apprentissage final en soit positif. Ci-dessous, en orange le premier SPARC "négatif" que je me suis fait spontanément juste après l'accident et en bleu le SPARC "positif" que j'ai réussi à faire au cours de la journée en changeant ma perception de l'évènement.




Les bénéfices de cette capacité à la résilience sont de lutter contre la dépression, de développer les attitudes productives d’espoir et d’optimisme, et d’être davantage ancré dans le moment présent. Il est essentiel de tirer des apprentissages positifs de nos traumatismes, car ceux-ci nous transforment sans retour en arrière.


Une manière de muscler sa résilience est l’exercice surnommé « Une porte se ferme, une autre s’ouvre » que j’affectionne particulièrement. L’idée est de lister toutes les situations difficiles vécues et survécues dans notre vie. A partir de cette liste, reprenez chaque situation et interrogez-vous sur ce que cette épreuve a permis. Quelle porte a-t-elle ouverte ? Quelle opportunité a-t-elle permise ? Quelle qualité a-t-elle développée chez vous ? Quel cadeau inattendu est apparu ? Prenez conscience de combien ces épreuves vous ont permis d’arriver là où vous en êtes, mesurez la force de votre résilience.


J’ai laissé sur la route des morceaux de moi. Pour en créer de nouveaux. Je me suis

découverte courageuse, et j'ai réalisé que j'avais de la ressource dans des situations extrêmes. Les autres apprentissages viendront avec le temps.  Les blessures internes sont à l’image des cicatrices. Ne pas y toucher trop tôt au risque de voir la plaie saigner à nouveau et s’infecter. Laisser le temps faire son œuvre pour guérir. Accepter que la cicatrice soit visible, à vos yeux ou aux yeux des autres. « Pansez les plaies, changer les pansements, le seul remède c’est le temps »[3]. Les épreuves de la vie permettent la transformation, la mue, la renaissance. Mettez de la lumière sur vos blessures physiques et émotionnelles, pour assumer votre vraie beauté et authenticité. Il y a des souffrances qui sont de vraies quêtes initiatiques : c’est en les traversant que l’on rencontre son vrai « moi ». Comme l’explique Céline Santini, nos cicatrices, qu’elles soient visibles ou invisibles, nous passent un message essentiel : « tu as survécu ». Et c’est en cela que la résilience est un vrai hymne à la vie !


« Vivre est la chose la plus rare. La plupart des gens se contentent d’exister » 
- Oscar Wilde –

Je dédie cet article à Adil, l’ange gardien qui m’a sorti de ma voiture et qui, en cela, me permet de vous écrire ces mots.


- Camille Lamouille -

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[1]https://esprit-kintsugi.com

[2]https://wellbeing.hypotheses.org/153

[3] Orelsan, "Notes pour trop tard"


Pour aller plus loin sur la résilience en Psychologie Positive :

- Céline Santini, Kintsugi, First, 2018

- Elisabeth Kubler-Ross, La mort est un nouveau soleil, Pocket, 2002


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